Apprentissage : pourquoi le système doit évoluer et ce que dit l’IGAS
Un regard factuel sur 10 ans de réformes, leurs effets sur les volumes et sur les finances publiques, et les évolutions possibles à l’horizon 2027.
11/23/20252 min read


Revue des dépenses publiques d'apprentissage et de formation professionnelle
La Première ministre (lettre du 9 novembre 2023) confie à l’IGAS et à l’IGF une revue exhaustive des dépenses publiques en matière d’apprentissage et de formation professionnelle. Objectif :
Identifier 1,5 Md€ d’économies dès 2025, dont au maximum 20 % en recettes, tout en maintenant les objectifs d’entrées en apprentissage.
Périmètre exclu (donc non analysé) :
PRIC (Pactes régionaux d’investissement dans les compétences),
CEP (conseil en évolution professionnelle),
VAE,
politique du titre professionnel,
apprentissage sous statut scolaire.
La mission se concentre sur :
l’apprentissage (logique de financement au contrat + aides),
la formation professionnelle continue (CPF, PTP, FNE),
la dépense publique des financeurs (État, France compétences, opérateurs)
Les transformations issues de la loi “Avenir pro” (2018)
La loi du 5 septembre 2018 représente un choc structurel majeur pour l’apprentissage et la formation pro :
🔹 Pour l’apprentissage
Libéralisation de l’offre de CFA : beaucoup plus facile d’ouvrir un centre.
Financement au contrat : les branches fixent les NPEC (niveaux de prise en charge).
Création d’aides à l’embauche : 4 dispositifs successifs entre 2018 et 2022.
Dernière aide : 6 000 € pour la première année, pour tous les employeurs (contrats 2023-2024).
🔹 Pour la formation professionnelle des salariés
CPF transformé : droits monétisés, désintermédiés, plus d’obligation de listes préalables.
PTP remplace le CIF (logique de reconversion).
FNE-Formation reorganisé (transitions numérique/écologique).
Effet global : explosion de l’accès à l’apprentissage et à la formation.
Un résultat positif sur l’accès mais une forte dérive financière
🔹 Explosion des dépenses publiques (+51 % depuis 2020)
La dépense nationale passe à 32 Md€ en 2022, alors qu’elle stagnait depuis 2015.
🔹 L’État devient de loin le premier financeur
Les taux de contributions légales (apprentissage + formation) des entreprises :
n’ont pas été révisés depuis 2015,
couvrent désormais seulement :
29 % des dépenses d’apprentissage (contre 50 % avant 2020),
41 % des dépenses de formation (stable mais insuffisant).
Ce changement crée un effet de ciseaux :
dépenses explosent,
contributions entreprises stagnent,
État finance le différentiel (aides exceptionnelles, abondements France compétences).
Une hausse massive des entrées en apprentissage
Grâce à la loi de 2018 + aides massives, le nombre d’entrées en apprentissage a :
été multiplié par 2,7 entre 2018 et 2022 ;
augmenté fortement dans l’enseignement supérieur ;
amélioré l’insertion professionnelle des jeunes.
Un système coûteux, très supérieur aux standards européens
Le rapport compare la France à l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas ou le Danemark :
En France, l’État finance massivement (aides + exonérations + prise en charge intégrale CFA).
Dans les autres pays :
partage des coûts État / employeurs / ménages,
aides publiques plus faibles ou plus ciblées,
apprentis davantage soumis au droit commun (cotisations, fiscalité).
Conclusion IGAS :
Le modèle français fonctionne bien en volume, mais il est très coûteux et doit être rendu soutenable.